Les relations entre les hommes et les choses (4): vers le développement solidaire de l’humanité.

Le pourquoi de la diffusion nécessaire de la propriété privée dans les couches les plus modestes de la société.

C’est au nom du principe de la destination universelle des biens que l’Eglise défend le droit de propriété privée, qui en est une application. L’application particulière ne saurait s’opposer au principe lui-même, duquel elle dépend. Il serait donc totalement immoral et injuste que les puissants, dont le pouvoir peut être issu d’une fortune déjà transmise, d’une compétence professionnelle, d’une appartenance politique ou idéologique, puissent accumuler sans cesse des richesses dont seraient exclus le plus grand nombre. C’est pourquoi le Pape Jean XXIII reprit avec force dans l’encyclique Mater et Magistra ( N° 113-114) le thème déjà abordé par ses prédécesseurs de la diffusion de la propriété privée dans les couches sociales les plus modestes :

 

« Nous avons noté en outre que les économies, de nos jours, accroissent rapidement leur efficacité productive en de nombreux pays. Toutefois, tandis que s’élève le revenu, justice et équité requièrent, Nous l’avons vu, que s’élève aussi la rémunération du travail, dans les limites consenties par le bien commun. Cela donnerait aux travailleurs plus grande opportunité d’épargner, et par suite de se constituer un patrimoine. On ne voit pas alors comment pourrait être contesté le caractère naturel d’un droit qui trouve sa source principale et son aliment perpétuel dans la fécondité du travail ; qui constitue un moyen idoine pour l’affirmation de la personne et l’exercice de la responsabilité en tous domaines ; qui est élément de stabilité sereine pour la famille, d’expansion pacifique et ordonnée dans l’existence commune. »

 

Application à la vie économique internationale.

Bien évidemment, ce principe ayant un caractère universel doit être également appliquée à la vie économique internationale. La constitution Gaudium et Spes avait déjà parlé du déséquilibre entre les pays favorisés et les pays pauvres et incité les nations développées à aider les autres. Mais c’est le pape Paul VI qui frappa le plus l’opinion en consacrant aux problèmes du développement une encyclique, Populorum Progressio dont s’inspirera largement Benoît XVI dans Caritas in Veritate, ceci à la suite de Jean-Paul II dans Sollicitudo Rei Socialis.

 

L’Eglise, experte en développement.

 Par la bouche du pape Paul VI, l’Eglise s’affirme comme experte en développement. La montée de la misère, de la faim, des maladies endémiques, de l’ignorance, a suscité une prise de conscience accrue qui fait un devoir à l’Eglise, je cite,  » de se mettre au service des hommes pour les aider à saisir toutes les dimensions de ce grave problème et pour les convaincre de l’urgence d’une action solidaire en ce tournant décisif de l’histoire de l’humanité ». 

 

 L’encyclique Populorum Progressio se développe en deux parties , la première intitulée :  » Pour un développement intégral de l’homme ». La deuxième partie : vers le développement solidaire de l’humanité ». Pour Paul VI, tout homme a vocation à se développer, ce qui exige un effort personnel. Paul VI montre l’ambivalence de la croissance qui peut conduire à la cupidité, à la tentation de la puissance, au désir d’avoir toujours plus, au matérialisme étouffant. Le travail lui-même, voulu et béni par Dieu, peut-être dévoyé s’il n’a pour objet que l’argent, la jouissance et la puissance. Toute l’encyclique mène vers cette phrase prophétique : « Le développement est le nouveau nom de la Paix. »

 

Le développement est le nouveau nom de la Paix.

Il s’agit du titre d’un passage capital de l’encyclique Populorum Progressio. Cette encyclique se termine par un appel final vibrant qui s’adresse d’abord aux catholiques, aux laïcs dont le rôle est précisément le renouvellement de l’ordre temporel. mais l’appel s’étend aux chrétiens des autres confessions, aux croyants des autres religions, à tous les hommes de bonne volonté, aux sages et bien-sûr aux hommes d’état.  » Tous à l’oeuvre  » est son mot d’ordre. 

 

 » La paix est le fruit de la solidarité ».

 Jean-Paul II a repris, tout au long de son pontificat, l’appel pressant de Paul VI et déclaré dans Sollicitudo Rei Socialis :  » La paix est le fruit de la solidarité ». Ainsi, la réflexion se développe et s’enrichit, à partir de l’expérience longuement mûrie de l’Eglise sur le terrain. Un des fruits de cette affirmation est aussi la rencontre d’Assise et ses suites le 27 octobre 2011 :  » Si l’absence de Dieu conduit au déclin de l’homme et de l’humanité, est-ce que nous, les croyants, le connaissons-nous vraiment et pouvons nous le montrer de façon renouvellée à l’humanité, afin de construire une paix véritable? »
 » L’événement d’aujourd’hui nous redit combien la dimension spirituelle est une clé fondamentale de la construction de la paix ».
 » Nous continuerons à être unis dans ce voyage, en dialogue, dans la construction quotidienne de la paix et dans notre engagement pour un monde meilleur, un monde dans lequel chaque homme et chaque femme et chaque peuple peuvent vivre selon leurs propres aspirations légitimes. » ( Discours de Benoît XVI, 27 octobre 2011)

 

Réactualisation par Benoît XVI : principe de solidarité et principe de gratuité.

 Dans Caritas in Veritate, Benoît XVI réactualise les points principaux de Populorum Progressio, et dans la lignée de Jean-Paul II, il insiste sur le principe de solidarité, enrichit du principe de gratuité.

« Le grand défi qui se présente à nous, qui ressort des problématiques du développement en cette période de mondialisation et qui est rendu encore plus pressant par la crise économique et financière, est celui de montrer, au niveau de la pensée comme des comportements, que non seulement les principes traditionnels de l’éthique sociale, tels que la transparence, l’honnêteté et la responsabilité ne peuvent être négligées ou sous-évaluées, mais aussi que dans les relations marchandes le principe de gratuité et la logique du don, comme expression de la fraternité, peuvent et doivent trouver leur place à l’intérieur de l’activité économique normale. C’est une exigence de l’homme de ce temps, mais aussi une exigence de la raison économique elle-même. C’est une exigence conjointe de la charité et de la vérité.  » ( Caritas in Veritate, N°36 )

Caritas in Veritate inscrit donc le principe de solidarité et celui de gratuité à l’intérieur de l’activité économique normale, et non pas à l’extérieur seulement comme cela se produit déjà beaucoup. Ce point est une des réponses les plus avancée de la Doctrine Sociale de l’Eglise pour aider au développement intégral de l’homme, de  » l’homme et des tous les hommes », comme l’indique Benoît XVI, intégrant la propriété privée pour aller vers la solidarité et la gratuité.

Retour en haut