Les relations entre les hommes et les choses (3): la propriété d’autrui mérite le respect.

Pourquoi est-ce que  » tu ne voleras pas » ?

Il n’est pas inutile de préciser qu’une conséquence de la légitimité du droit de propriété, c’est que la propriété d’autrui mérite le respect. Autrement dit, le septième commandement de la loi de Moïse,  » tu ne voleras pas », garde toute sa valeur. Certes, il y a une exception, qui est celle de la nécessité urgente de subvenir à un besoin immédiat de nourrriture ou d’abri. Quand on meurt de faim, on mange ce qu’on trouve à sa portée et ce n’est pas un vol.  

 

Qu’est-ce que  » voler » ?

Mis à part ce cas de force majeure, toute manière de prendre ou de retenir injustement le bien d’autrui est une grave faute morale. Le catéchisme de l’Eglise catholique, tout en donnant les raisons profondes, cite de nombreux exemples, avec bien sûr un ordre de grandeur : garder des objets prêtés ou perdus que l’on pourrait rendre, frauder dans le commerce, payer d’injustes salaires, monter les prix en spéculant sur l’ignorance ou la détresse des autres, etc. Et il ajoute dans les actes moralement illicites, la spéculation en vue de tirer un avantage au détriment des autres, la corruption, les abus de biens sociaux, la fraude fiscale, la contre-façon des chèques et des factures, le gaspillage, le vandalisme, la fraude dans les transports en commun, etc, etc! 

"L’Escamoteur aurait été peint entre 1475 et 1480. C’est une œuvre qui se moque de la stupidité, de la naïveté du peuple. Elle se classe dans les tableaux à scènes moralisatrices. Sur ce tableau, une dizaine de personnes sont regroupées sur la partie gauche pour admirer les tours de passe-passe d’un prestidigitateur situé lui seul, à droite du tableau. Il tient une perle entre le pouce et l’index ; l’un des spectateurs la regarde attentivement, plié en deux. Si celui-ci était redressé, il dépasserait d’une tête les autres personnages. On peut voir une grenouille entre ses lèvres et une autre sur la table. La perspective de la table s’accorde assez mal avec le reste du tableau. Profitant de l’attention que porte le spectateur au charlatan, un moine qui se situe derrière le spectateur fait mine de regarder ailleurs pendant qu’il lui dérobe sa bourse bien remplie." (source :Vivat.be)

« L’Escamoteur aurait été peint entre 1475 et 1480. C’est une œuvre qui se moque de la stupidité, de la naïveté du peuple. Elle se classe dans les tableaux à scènes moralisatrices. Sur ce tableau, une dizaine de personnes sont regroupées sur la partie gauche pour admirer les tours de passe-passe d’un prestidigitateur situé lui seul, à droite du tableau. Il tient une perle entre le pouce et l’index ; l’un des spectateurs la regarde attentivement, plié en deux. Si celui-ci était redressé, il dépasserait d’une tête les autres personnages. On peut voir une grenouille entre ses lèvres et une autre sur la table. La perspective de la table s’accorde assez mal avec le reste du tableau. Profitant de l’attention que porte le spectateur au charlatan, un moine qui se situe derrière le spectateur fait mine de regarder ailleurs pendant qu’il lui dérobe sa bourse bien remplie. » (source :Vivat.be)

 

Les causes profondes du vol.

Toutes les inventions, parfois ingénieuses des hommes, pour s’approprier le bien d’autrui, relèvent au fond de l’avarice, c’est-à-dire d’une recherche désordonnée des biens de la terre, dont on fait une fin en soi alors qu’ils ne sont qu’un moyen. Comme le dit le proverbe, « l’argent est un bon serviteur, mais un mauvais maître ». Le voleur, dont nous n’étudions pas ici le profil psychologique ( et donc les circonstances atténuantes parfois, comme la peur de manquer après un traumatisme, etc) mais moral, est asservi. Pour satisfaire ses envies et ses besoins, il va mépriser aussi bien le travail honnête qui pourrait être le sien, et le travail des autres. L’exploitation d’autrui est aussi une forme de vol.

Quentin Metsys, le banquier et sa femme. Dans le reflet du miroir posé entre eux, un voleur qui les guette...

Quentin Metsys, le banquier et sa femme. Dans le reflet du miroir posé entre eux, un voleur qui les guette…

 

L’insatisfaction

 Jean-Paul II a développé ce thème à plusieurs reprises en montrant les méfaits d’une société de consommation anarchique. Nous lisons dans Sollicitido Rei Socialis, aux numéros 28 et 29 :

« Une constatation déconcertante de la période la plus récente devrait être hautement instructive: à côté des misères du sous-développement, qui ne peuvent être tolérées, nous nous trouvons devant une sorte de surdéveloppement, également inadmissible parce que, comme le premier, il est contraire au bien et au bonheur authentiques. En effet, ce surdéveloppement, qui consiste dans la disponibilité excessive de toutes sortes de biens matériels pour certaines couches de la société, rend facilement les hommes esclaves de la «possession» et de la jouissance immédiate, sans autre horizon que la multiplication des choses ou le remplacement continuel de celles que l’on possède déjà par d’autres encore plus perfectionnées. C’est ce qu’on appelle la civilisation de «consommation», qui comporte tant de «déchets» et de «rebuts». Un objet possédé et déjà dépassé par un autre plus perfectionné est mis au rebut, sans que l’on tienne compte de la valeur permanente qu’il peut avoir en soi ou pour un autre être humain plus pauvre.

Nous touchons tous de la main les tristes effets de cette soumission aveugle à la pure consommation: d’abord une forme de matérialisme grossier, et en même temps une insatisfaction radicale car on comprend tout de suite que – à moins d’être prémuni contre le déferlement des messages publicitaires et l’offre incessante et tentatrice des produits de consommation – plus on possède, plus aussi on désire, tandis que les aspirations les plus profondes restent insatisfaites, peut-être même étouffées.

L’encyclique du Pape Paul VI a signalé la différence, si fréquemment accentuée de nos jours, entre l’«avoir» et l’«être»51, différence exprimée précédemment avec des mots précis par le Concile Vatican II52. «Avoir» des objets et des biens ne perfectionne pas, en soi, le sujet humain si cela ne contribue pas à la maturation et à l’enrichissement de son «être», c’est-à-dire à la réalisation de la vocation humaine en tant que telle. »

Un objet garde une valeur permanente pour plus pauvre que soi : halte à la " consodévoration".

Un objet garde une valeur permanente pour plus pauvre que soi : halte à la  » consodévoration ».

 

Les méfaits de l’argent-roi

Le pape, au nom de la liberté d’entreprendre, se réjouit de voir se développer l’économie libre mais, en même temps, comme tous ses prédécesseurs depuis Léon XIII, il condamne le libéralisme individualiste et matérialiste où la recherche excessive et exclusive du profit comme une fin en soi favorise la construction de structure de péché. L’argent roi engendre très vite la fraude, en sport le dopage, les tricheries diverses, l’endurcissement du coeur, la volonté de domination, etc.  L’esprit du mal, qui a voulu tenter le Christ lui-même par deux fois sur le thème de la convoitise des pains et des richesses, cherche à dévoyer le droit de propriété, qui est légitime, en avidité désordonnée des biens matériels.

 

Et le respect de la propriété publique?

 

le bien public bien géré multiplie les biens.
 La propriété privée n’est pas la seule à devoir être respectée. La propriété publique doit l’être aussi, ainsi que d’une manière encore plus générale, la création toute entière. Pensons au vandalisme, aux tricheries sur les transports en commun, aux excès de vitesse ( respect…de la vie d’autrui et de la sienne propre!!!), la notion de propriété publique fait partie de notre quotidien, ne serait-ce que par les impôts…Il est important de savoir que cette notion de propriété publique doit être limitée à ce qui permet à l’Etat et à ses services d’accomplir sa mission de bien commun dans le respect du principe de subsidiarité. Si tel est le cas, il est clair que le bien public doit être respecté par les citoyens comme s’il s’agissait d’un bien privé, que les impôts et les cotisations doivent être payés, etc…le civisme est une vertu morale qui peut être expliquée à la jeunesse en terme de bien commun, sachant que l’exemple donné par les adultes permettra aux jeunes de tester la crédibilité des éducateurs et d’un système qu’ils n’admettent pas s’il n’est pas garanti par la génération précédente.

 

La création, propriété publique universelle : le livre de la nature est unique et indivisible.

Globe solidarité : Le livre de la nature est unique et indivisible, qu’il s’agisse de l’environnement comme de la vie, de la sexualité, du mariage, de la famille, des relations sociales, en un mot du développement humain intégral. » B.VXI
 L’encyclique Caritas in Veritate dans les articles 49 à 52 développe ce point en désignant le vaste champ de l’écologie au service de l’homme : l’écologie humaineet écologie environnementale sont liées, le sort de l’homme sur la planète devant être géré ensemble :
« Si le droit à la vie et à la mort naturelle n’est pas respecté, si la conception, la gestation et la naissance de l’homme sont rendues artificielles, si des embryons humains sont sacrifiés pour la recherche, la conscience commune finit par perdre le concept d’écologie humaine et, avec lui, celui d’écologie environnementale. Exiger des nouvelles générations le respect du milieu naturel devient une contradiction, quand l’éducation et les lois ne les aident pas à se respecter elles-mêmes. Le livre de la nature est unique et indivisible, qu’il s’agisse de l’environnement comme de la vie, de la sexualité, du mariage, de la famille, des relations sociales, en un mot du développement humain intégral.« Ainsi, le livre de la nature étant unique et indivisible, les biens matériels, la planète et l’homme lui-même méritent le respect inscrit dans la création tout entière par le Créateur.


P. Y. Bonnet

 

Le voleur caché dans le miroir…ou le voleur qui dort en nous ?
Un commentaire remarquable et en détail du tableau de Quentin Metsys, avec des aggrandissements, et l’explication de la phrase d’Evangile qu’illustre ce tableau :  » Nul ne peut servir deux maîtres ». La femme du banquier ou prêteur lit la Bible, ouverte sur deux pages : illustration de Marie et Jésus, et un agneau…

 

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